Président d'honneur - fdlvar

Sylvain Tesson
Cette année, la Fête du livre du Var est placée sous la présidence de Sylvain Tesson. Tour à tour essayiste, romancier, poète et explorateur, l’inclassable oxymore de la scène littéraire française nous fait le plaisir de sa venue à Toulon. Amoureux de la géographie autant que des mots, il livre des romans palpitants autant que des essais singuliers, et ne laisse personne indifférent.
Rencontre avec Sylvain Tesson, président d’honneur de la Fête du livre du Var
Que représente pour vous le fait d’être président d’honneur de la Fête du livre du Var ?
De ce titre, je veux retenir les mots “fête” et “livre” qui sont à mon sens les plus importants. Je suis heureux de participer à un événement qui met en lumière la littérature.
Cette année, la Fête du livre du Var rend hommage à André Malraux. Chez vous comme chez lui, l’exploration du monde a été fondatrice. Vous auriez pu (à quelques décennies près) écrire un essai tel que Le grimpeur et le grognard* avec lui. Quels sujets auriez-vous pu aborder ?
Je crois que Régis Debray avec lequel je converse dans ce livre, comme André Malraux ont posé le fait historique comme rapport au monde. La lutte, et plus particulièrement la lutte armée, a pu relier leurs destins. En ce qui me concerne, je suis davantage un écrivain de géographie.
Avec André Malraux, j’aurais pu aussi évoquer l’île de Port Cros, qu’il a, en son temps, contribué à préserver. C’est une île où je me rends régulièrement et où je retrouve Claire Paulhan, la petite fille de Jean Paulhan, qui fut rédacteur à la Nouvelle revue française et aux éditions Gallimard. Cette éditrice, avec l’association des amis de Port-Cros, organise des rencontres littéraires. Au Manoir comme au Fort de la Marine, on y célèbre la beauté des lieux, et le pouvoir de la littérature, qui permet aux Hommes de s’arracher de l’aridité du monde.
(*Ce livre est une correspondance entre Sylvain Tesson et Régis Debray, publiée en 2026, où ils confrontent leur vision du monde)
Vous êtes déjà passé sur quelques chemins noirs varois, quel rapport entretenez-vous avec les paysages de ce département ?
Département de falaises maritimes, du Faron, du Château de Pibarnon, des gorges du Destel bien sûr, où le grimpeur que je suis a déjà fait escale, voilà ce que m’évoque ce département. Il est aussi un de ceux que j’ai arpentés pendant mon périple sur les chemins noirs, qui raconte ma traversée en diagonale de La France, à pied, avec pour souhait de ne suivre que ce que l’on peut appeler des chemins de traverse.
Et je suis aussi écrivain de Marine, ce qui me mène régulièrement dans le Var. Outre notre travail d’écriture, le groupe des écrivains embarque régulièrement sur des bâtiments militaires, tels les sous-marins nucléaires d’attaque basés à Toulon.
Fondé en 2003 par Jean-François Deniau, écrivain et académicien, les écrivains de Marine sont liés à la Marine Nationale par une convention de partenariat. Engagés à faire rayonner la culture maritime, ils publient des ouvrages collectifs et organisent des événements littéraires. Ils sont aussi autorisés à embarquer à bord des bâtiments de la Marine.
Y a-t-il un livre dont vous avez envie de conseiller la lecture ?
Les histoires naturelles de Jules Renard, voilà un recueil d’histoires qui évoque l’amour des choses. Il pourrait paraître enfantin mais c’est un opus lumineux sur les bêtes et les théories écologiques. À la fois précurseur et immensément sensible, c’est une lecture vivifiante.
Si vous pouviez partir demain en faisant fi de toutes les contraintes, où iriez-vous ?
Je m’attache au lieu où je suis, ici et maintenant. Au moment de l’interview je vous dirais donc face au Mont Blanc, dans la Plaine-Joux, au seuil d’un vol de montagne en parapente. Mais il me semble que vous pourriez renouveler votre question du 20 au 22 novembre !