Président d'honneur - fdlvar

Président d'honneur 2024
Bernard Minier
Bernard Minier est un écrivain français spécialisé dans le thriller et le polar. Avant de se lancer dans l'écriture, il a travaillé dans l'administration des douanes, ce qui lui a permis d'observer de près certains aspects sombres de la société qu'il exploite dans ses romans.
Bernard Minier a publié son premier livre, Glacé, en 2011, qui a rapidement rencontré un immense succès. Ce thriller, situé dans les Pyrénées, met en scène le commandant Martin Servaz, un personnage récurrent dans plusieurs de ses romans. Glacé a remporté plusieurs prix et a été adapté en série télévisée.
Depuis, l’auteur a écrit de nombreux best-sellers, tels que Le Cercle (2012), N'éteins pas la lumière (2014), et M, le bord de l'abîme (2019). Ses intrigues se caractérisent par des atmosphères sombres, des personnages tourmentés et une tension psychologique soutenue.
Bernard Minier a reçu plusieurs distinctions pour ses oeuvres, notamment dans le domaine du thriller et du polar tels quel le Prix Polar au Festival de Cognac en 2011, le Prix de l’Embouchure en 2012, le Prix des bibliothèques et des médiathèques Cognac en 2013 et le Prix du meilleur roman francophone au Festival de Cognac en 2015.
Ses romans rencontrent également un large succès international, ce qui lui vaut une reconnaissance au-delà des frontières françaises, avec des traductions dans de nombreuses langues et des adaptations pour la télévision.
Il est également apprécié pour ses réflexions sur la société contemporaine, la technologie et les dérives possibles de celle-ci. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des maîtres du thriller en France et en Europe.
Interview de Bernard Minier, président d'honneur de la 27ème édition de la Fête du livre du Var
Vous avez été choisi pour être le président d'honneur de la Fête du livre du Var. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
C’est une forme d’accomplissement. Cette année, c’est la 3e ou la 4e fois que j’occupe une présidence de festival. C’est très nouveau parce que, jusqu’à présent, on m'en proposait assez peu. Et là, il y en a plusieurs l’une derrière l’autre. Je crois que c’est une forme de reconnaissance de mon travail. Je l’espère. Je passe le plus clair de mon temps dans la solitude au milieu de mes livres, en train d’écrire. C’est formidable. Ce qui m’intéresse à travers cette présidence, c’est d’aller à la rencontre des nombreux auteurs présents, de découvrir des nouvelles plumes… Et le fait d’être président, ça invite aussi les autres à venir vers vous. C’est ce partage que j’aime avant tout.
Êtes-vous déjà venu à Toulon pour ce salon littéraire ?
Oui, je suis venu il y a plusieurs années déjà. J’en garde un excellent souvenir, notamment de l’après salon, c’est-à-dire ce qu’il se passait le soir, quand la nuit tombait… (rires) Sans rire, j’ai un souvenir formidable de la Fête du livre du Var, j'y ai passé des moments extraordinaires.
En dehors de la Fête du livre du Var, connaissez-vous notre département ?
Dans ma précédente vie, j’y venais en vacances. Comme vous le savez, avant d’être écrivain, j’ai été pendant 25 ans dans l’administration, dans les douanes plus précisément. Donc, je prenais assez régulièrement mes vacances dans le Var. Pendant des années, je suis allé à Solliès et à Hyères-les-Palmiers, du côté de la presqu’île de Giens. Je m’en souviens particulièrement, c’était en 1998 pendant la première coupe du monde de football gagnée par la France. Un très beau souvenir !
Vous êtes devenu en 13 ans, un des maîtres du thriller en France et même dans le monde. Pouvez-vous nous raconter votre “changement de vie” ?
Le mot qui définit le mieux ce changement est radical ! La vie que j’avais auparavant n’avait vraiment rien à voir avec celle que j’ai actuellement. Je crois que j’ai connu plus de chambres d’hôtels, d’avions, de trains, pendant les 10 dernières années que pendant les 50 précédentes. En revanche, j’écris depuis que je suis en âge d’écrire. Je suis né en 1960 donc je suis de cette génération qui lisait des Bob Morane à l’époque. Tous mes copains en lisaient aussi mais moi, je ne me contentais pas de les lire. Je m’appropriais les personnages et je commençais à écrire des histoires avec eux. J’ai toujours écrit en définitive, même si j’ai proposé mon premier texte - Glacé - à la publication très tard. J’ai un rapport à l'écriture et à la lecture qui est très ancien.
Comment avez-vous décidé d’envoyer votre premier roman aux maisons d’édition ?
Je faisais des concours de nouvelles comme un autre auteur devenu très populaire, Éric Fouassier. On s’est souvent croisé sur ces concours en terminant premier, second ou troisième. Un jour, je croise un autre participant qui avait l’habitude d’en gagner pas mal, Jean-Pierre Schamber, et en parlant de roman policier, je décide de lui montrer 60 pages qui traînaient dans un tiroir. C’étaient les 60 premières pages de Glacé. C’est ce monsieur qui m’a convaincu de terminer le texte et de l’envoyer aux maisons d’édition. Il est possible que sans lui, je serais toujours douanier aujourd’hui !
Et pourquoi le roman policier ?
En fait, c’est un exercice de style. Je n’étais pas du tout un spécialiste du genre. Je suis un grand lecteur de plein d’autres choses que le roman policier. Quand j’étais adolescent, et même plus tard, j’ai lu beaucoup de science-fiction et de fantastique mais aussi des essais, de la poésie… Le polar c’est vraiment un exercice de style. Je voulais voir si j’étais capable d’en écrire un. Car je savais que le roman policier est autant de l’art que de l’artisanat. Il y a des techniques, une façon de construire les histoires et ça, ça m’intéressait beaucoup. Finalement, Glacé est le premier que j’ai écrit. C’est une tentative.
Le polar, c’est un style dans lequel vous vous amusez ?
Énormément, bien sûr ! Non seulement je m’amuse mais je m'amuse aussi avec le lecteur. C’est un style où on joue beaucoup avec le lecteur. On l’entraîne sur des fausses pistes. C’est très divertissant à faire. En même temps, à côté de cette forme d’amusement, il y aussi une forme de sérieux. Ce sont des histoires qui se passent ici et maintenant et on ne peut pas éviter de parler de la société comme elle est, dans quelle direction elle va, des dangers qui la menacent, qui sont malheureusement de plus en plus nombreux…
Pouvez-vous nous parler de votre dernier roman Les effacées ?
C’est le deuxième opus qui se passe en Espagne avec une héroïne, Lucia Guerrero. L'Espagne est ma seconde patrie. Ma mère est née en Espagne avant d’arriver en France à l’âge de 8 ans. J’y vais très souvent. C’est un pays qui est un miroir pour la France. Les maux que connaît l’Espagne sont les mêmes que ceux que nous connaissons. Dans Les effacées, Lucia Guerrero, de la Guardia Civil, enquête sur des femmes de condition modeste qui se lèvent très tôt pour aller travailler avant tout le monde et qui sont presque invisibles. On ne les voit pas finalement, on les ignore et elles disparaissent sur le chemin du travail. Et en même temps, elle est obligée d’investiguer sur des ultra-riches, quelques-unes des grandes fortunes d’Espagne qui sont victimes d’un autre tueur. C’est le grand écart entre ces deux enquêtes.
Y aura t’il un autre volet avec Lucia ?
Oui bien sûr elle va revenir. Je ne sais pas encore quand mais elle va revenir, c’est sûr. Et je ne m’impose rien non plus. En 2025, va sortir un livre avec Martin Servaz mon personnage fétiche. Mais pourquoi pas après, ça dépendra de ce dont j’ai envie de parler à ce moment-là. Car en fonction du sujet abordé, tel ou tel personnage se prête mieux à l’incarner.
Comment choisissez-vous vos sujets ? Comment vous vient l’inspiration ?
Je suis quelqu’un de très curieux, donc j’ai toujours mes antennes sorties. J’observe constamment ce qu’il se passe dans l’actualité mais aussi autour de moi, parmi mes proches. Les sujets viennent de plein de directions différentes. Par exemple, pour le premier Lucia, j’avais envie que ça se passe dans une très ancienne université, une ville chargée d’histoire. J’ai pensé à Salamanque qui est une des plus vieilles universités d’Europe avec des étudiants en criminologie. Dans Les effacées, le sujet concerne les ultra-riches ou plutôt l’abîme qui sépare une toute petite frange de la société du reste de la population mais aussi la violence faite aux femmes. Le bord de l’abîme qui se passe à Hong-Kong, traite de l’intelligence artificielle. Dans le dernier Servaz, Un œil dans la nuit, je voulais me plonger dans l’univers très particulier du cinéma d’horreur. En fait, les sujets surgissent comme ça, c’est assez spontané ! Je peux me réveiller un matin en me disant : “Tiens, j’ai envie de raconter telle histoire, de parler de tel milieu”.
Cette année, la Fête du livre du Var rend un hommage à Marcel Pagnol. Que représente cet auteur pour vous ?
J’enfonce peut-être des portes ouvertes mais les auteurs qui incarnent la Provence sont Daudet, Giono et Pagnol. Pagnol, c’est le Victor Hugo ou le Balzac provençal. C’est aussi l’alliance de la littérature et du cinéma, ces deux arts qu’il a portés merveilleusement. Sa vie aussi est presque un roman, son rapport aux femmes… On a bien entendu tous lu La gloire de mon père et Le château de ma mère quand on était gamin. Marcel Pagnol renvoie forcément aux souvenirs d’enfance. J’ai lu Daudet, Giono, Pagnol… Et dans un tout autre genre, j’ai lu Izzo aussi, immense auteur de polars !
Coup de cœur culturel à partager ?
Parmi les livres parus à la rentrée, je suis en train de lire Houris de Kamel Daoud. Quand on sait les rapports complexes qu’il existe entre les deux rives de la Méditerranée, entre la France et l’Algérie, Daoud a ce mérite de montrer la complexité de la situation en Algérie. Il a une lecture subtile et profonde de ce qu’il se passe en Algérie. Tout le monde devrait lire ce livre. C’est remarquable.